NOCTURNE

C'est l'heure solennelle et calme du silence,
L'Angélus a sonné notre prière à Dieu ;
Le coeur croyant sommeille en un repos immense,
Noyé dans les parfums languissants du Saint-Lieu.

C'est l'heure du pardon et de la pénitence,
C'est bien l'heure où l'on fait notre plus chate aveu,
Où nos yeux ruisselants, pleurs de reconnaissance,
Retrouvent à la fin l'ardeur du premier feu.

Ô Soir si consolant pour mon coeur ravagé,
Soir de miséricorde au pécheur affligé
Qui demande à son Dieu la manne bienfaisante,

Pénètre de ton ombre une âme à la tourmente,
Recueillement subit du passé dans ton sein,
Pour qu'elle puisse avoir paix et joie au Matin.


NOËL DE VIEIL ARTISTE

La bise geint, la porte bat,
Un Ange emporte sa capture.
Noël, sur la pauvre toiture,
Comme un De Profundis, s'abat.

L'artiste est mort en plein combat,
Les yeux rivés à sa sculpture.
La bise geint, la porte bat,
Un Ange emporte sa capture.

Ô Paradis ! puisqu'il tomba,
Tu pris pitié de sa torture.
Qu'il dorme en bonne couverture,
Il eut si froid sur son grabat !

La bise geint, la porte bat...


NOTRE-DAME-DES-NEIGES

Sainte Notre-Dame, en beau manteau d'or,
De sa lande fleurie
Descend chaque soir, quand son Jésus dort
En sa Ville-Marie.
Sous l'astral flambeau que portent ses anges,
La belle Vierge va
Triomphalement, aux accords étranges
De céleste bîva.

Sainte Notre-Dame a là-haut son trône
Sur notre Mont-Royal ;
Et de là, son oeil subjugue le Faune
de l'abîme infernal.
Car elle a dicté : " Qu'un ange protège
De son arme de feu
Ma ville d'argent au collier de neige ",
La Dame du Ciel bleu !

Sainte Notre-Dame, ô tôt nous délivre
De tout joug pour le tien ;
Chasse l'étranger ! Au pays de givre
Sois-nous force et soutien.
Ce placet fleuri de choses dorées,
Puisses-tu de tes yeux,
Bénigne, le lire aux roses vesprées,
Quand tu nous viens des Cieux !

Sainte Notre-Dame a pleuré longtemps
Parmi ses petits anges ;
Tellement, dit-on, qu'en les cieux latents
Se font des bruits étranges.
Et que notre Vierge entraînant l'Éden,
Ô floraison chérie !
Va tôt refleurir en même jardin
Sa France et sa Ville-Marie...


NUIT D'ÉTÉ

Le violon, d'un chant très profond de tristesse,
Remplit la douce nuit, se mêle au son des cors ;
Les Sylphes vont pleurant comme une âme en détresse
Et les coeurs des grands ifs ont des plaintes de morts.

Le souffle du Veillant anime chaque feuille,
Le rameau se balance en un rythme câlin,
Les oiseau sont rêveurs, et sous l'oeil opalin
De la lune d'été, ma douleur se recueille.

Au concert susurré que font sous la ramure
Les grillons, ces lutins en quête de sabbat,
Soudain a résonné toute, en mon coeur qui bat,

La grande majesté de la Nuit qui murmure
Dans les cieux alanguis un ramage lointain,
Prolongé jusqu'à l'aube humide du Matin.

 


 
     
 
       
         
Tous droits réservés © 2003 www.emile-nelligan.com