HIVER SENTIMENTAL

Loin des vitres ! clairs yeux dont je bois les liqueurs,
Et ne vous souillez pas à contempler les plèbes.
Des gels norvégiens métallisent les glèbes,
Que le froid des hivers nous réchauffe les coeurs !

Tels des guerriers pleurant les ruines de Thèbes,
Ma mie, ainsi toujours courtisons nos rancoeurs,
Et, dédaignant la vie aux chants sophistiqueurs,
Laissons le bon Trépas nous conduire aux Erèbes.

Tu nous visiteras comme un spectre de givre ;
Nous ne serons pas vieux, mais déjà las de vivre,
Mort ! que ne nous prends-tu par telle après-midi,

Languides au divan, bercés par sa guitare,
Dont les motifs rêveurs, en un rythme assourdi,
Scandent nos ennuis lourds sur la valse tartare !


L'HOMME AUX CERCUEILS

Maître Christian Loftel n'a d'état que celui
De faire des cercueils pour les mortels ses frères,
Au fond d'une boutique aux placards funéraires
Où depuis quarante ans le jour à peine à lui.

À cause de son air étrange, nul vers lui
Ne vient : il a le froid des urnes cinéraires.
Parfois, quelque homme en deuil discute des parères
Et retourne, hanté de ce spectre d'ennui.

Ô sage, qui toujours gardes tes lèvres closes,
Maître Christian Loftel ! tu dois savoir des choses
Qui t'ont creusé le front et t'ont fait joint les sourcils.

Réponds ! Quand tu construis les planches péremptoires,
Combien d'âmes de morts, au choc de tes outils
Te content longuement leurs posthumes histoires

 


 
     
 
       
         
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